Georges Bernanos, sensible à la trop présente
propagande américaine dans la presse, entrevoit notre monde
dominé par les colossales organisations économiques.
Il souhaite une Révolution en rupture avec l'économie
dirigée, comme on dit. Celle qu'il annonce se fera contre le
système actuel tout entier ou elle ne se fera pas. Le mot Révolution
est pour lui le plus sacré, tout ruisselant à travers
les siècles du sang des hommes.
" Si nous pensons que ce système est capable de se réformer,
qu'il peut rompre lui-même le cours de sa fatale évolution
vers la dictature - la dictature de l'argent - nous hésiterions
certainement à courir le risque d'une explosion destructrice.
Mais le système ne changera pas le cours de son évolution
pour la bonne raison qu'il n'évolue déjà plus,
il s'organise seulement en vue de durer, de s'éterniser."
" La période idéologique est maintenant dépassée
à New-York, à Moscou et à Londres... Bref, les
régimes jadis opposés par l'idéologie sont maintenant
étroitement unis par la technique. Un monde gagné par
la technique est perdu pour la liberté. Qu'il s'intitule capitaliste
ou socialiste, ce monde est fondé sur une certaine conception
de l'homme, commune aux économiste et aux libéraux :
un consommateur, non seulement l'esclave mais aussi l'objet inerte
du déterminisme économique et sans espoir de s'en affranchir
puisqu'il ne connait d'autre mobile sûr que l'intérêt,
le profit. Rivé à lui-même par l'égoïsme,
l'individu n'apparait plus dès lors que comme une quantité
négligeable, soumise à la loi du marché ; on
ne saurait prétendre l'employer que par masses, grâce
à la connaissance des lois inexorables qui le régissent.
Ainsi le progrès n'est plus dans l'homme, il est dans la technique,
dans le perfectionnement des méthodes capables de permettre
une utilisation chaque jour plus efficace du matériel humain.
Ce qui fait l'unité de la civilisation des machines, c'est
l'esprit qui l'anime, c'est l'espèce d'homme qu'elle a formée.
Il est honteux d'oser parler des dictatures comme de monstruosités
tombées de la lune ou d'une planète plus éloignée
encore, dans le paisible univers démocratique. Si le climat
du monde moderne n'était pas hautement favorable à ces
monstres, on n'aurait pas vu un peu partout des millions d'hommes
partager en secret cette nouvelle idolâterie."
" Et il y a des mots dangereusement vidés de leur substance,
comme par exemple celui de démocratie. Regardez les choses
en face ! Si vous êtes trop lâches pour regarder ce monde
en face afin de le voir tel qu'il est, détournez les yeux,
tendez les mains à ses chaînes."
La ploutocratie américaine ou
les dominions soviétiques dans l'URSS, comme l'Angleterre et
le Common Wealt, n'ont que des façades de démocratie.